Le petit paradis – Joyce Carol Oates

Résumé :

Adriane Strohl, une adolescente imprudente et idéaliste, vit dans un futur proche : une Amérique totalitaire en 2039 contrôlée à l’excès par la « Véritable Démocratie », où il est interdit à quiconque de sortir de la moyenne. Alors qu’elle est nommée major de sa promotion de terminale, elle commet l’erreur de vouloir briller dans son discours de fin d’études, et se voit condamnée à être télétransportée dans une bourgade rurale d’Amérique du Nord appelée Wainscotia pour y effectuer ses études supérieures… quatre-vingts ans plus tôt. Forcée d’adopter une nouvelle identité et constamment sous surveillance, Adriane – alias Mary Ellen Enright – découvre avec stupeur l’Amérique surannée de 1959. Désireuse de purger sa peine de manière exemplaire et de rentrer chez elle au terme des quatre ans fixés, Adriane s’immerge dans le travail, notamment son cours de psychologie. Mais elle ne tarde pas à tomber amoureuse de son professeur, Ira Wolfman, un exilé du futur comme elle.

Mon avis :

C’est curieux comme on aborde un roman avec des préjugés quand on connaît l’écrivain, tout prêt à être ébloui par un auteur qu’on a déjà beaucoup lu et aimé. En l’occurrence, s’il n’y avait pas eu le nom de Joyce Carol Oates sur la couverture, je ne pense pas que j’aurais poursuivi ma lecture au-delà des premiers chapitres.

Il faut lui reconnaître son hardiesse, cette volonté de tester différents genres de roman, de se glisser dans la peau de toutes sortes de narrateurs. Forcément, parfois, le risque ne paie pas et c’est moins réussi. C’est ce que j’ai ressenti avec ce roman, dans lequel Joyce Carol Oates s’essaie à la dystopie. La narratrice est une adolescente de 17 ans, Adriane, qui vit dans un futur pas si éloigné que ça, un futur qui aurait drastiquement changé de cours au lendemain du 11 Septembre. Tout y est controlé, surveillé, maitrisé, et tout doit être dans la norme. Les enfants se limitent en classe pour ne pas avoir l’air trop intelligents, ils faut faire partie de la moyenne. Il n’y a plus de livres, plus d’histoire, plus de démocratie, et les machines sont non seulement omniprésentes, mais aussi les instruments d’une surveillance des citoyens. Après avoir fait un discours considéré subversif à l’école, Adriane est arrêtée et condamnée à l’exil. Elle se retrouve ainsi téléportée en 1959 dans une petite université du Wisconsin, en pleine guerre froide.

Très vite j’ai peiné à me repérer avec le flot d’informations données sur cette société du futur. Les différentes castes, les normes, le système politique, les catégories de personnes fichées par le gouvernement… C’est confus et inutilement complexe. J’ai eu du mal à percevoir ce que l’auteure voulait démontrer dans ce roman. Les dérives et travers de la société contemporaine sans doute, mais c’est tellement décousu que le propos n’est pas évident. La construction est étrange, avec des chapitres courts, et un style très curieux. N’ayons pas peur des mots, j’ai personnellement trouvé ça mal écrit. Et, par dessus tout, c’est curieusement fleur bleue. Le coup de foudre d’Adriane pour son professeur, qui semble être un exilé comme elle, est un peu ridicule. Tout comme l’héroïne elle-même à vrai dire, qui se lamente tout au long du roman, voue un amour démesuré à un homme qu’elle connaît à peine, et tend systématiquement le bâton pour se faire battre.

Pourtant il aurait pu y avoir des choses intéressantes. La comparaison entre une société futuriste où toute liberté de penser est bannie, avec une société où existent encore la liberté de manifester et de s’exprimer mais où on n’aimait pas trop entendre les points de vue des femmes (et des communistes accessoirement). Le rapport aux machines, d’un monde qui en est saturé à un autre où une machine à écrire est un luxe et une innovation. La psychologie occupe une part importance, même si parfois ça tourne un peu trop au cours magistral, une discipline déjà très présente dans le dernier roman de l’auteure, L’homme sans ombre, sans doute à cause de son mari, chercheur en neurosciences. Il y a des passages intéressants sur les limites entre rêve et réalité, entre perception et influence, en particulier vers la fin du roman, que j’aurais bien aimé voir davantage développés. Mais dans l’ensemble ce roman ne m’a pas plu, les personnages et les réflexions manquent d’épaisseur, c’est trop incohérent, désordonné et donc décevant. C’est comme si Joyce Carol Oates elle-même ne savait pas trop quelle direction donner à son roman. Cela m’a fait penser tout à la fois à Hunger Games, à La Servante écarlate, ou même aux films Truman Show et Inception. Sans connotation péjorative, j’avais l’impression d’être dans un roman young adult, ce qui personnellement n’est pas trop ma tasse de thé. Mais ce n’est après tout qu’un grain de sable dans l’oeuvre considérable de la romancière, et j’aurais tôt fait de retrouver chaussure à mon pied avec un autre de ses romans.

Ma note 2 out of 5 stars (2 / 5)

 

 

 

Éditions Philippe Rey, traduit par Christine Auché, 7 mars 2019, 304 pages

5 commentaires sur “Le petit paradis – Joyce Carol Oates

  1. J’ai ressenti exactement la même chose que toi avec cette auteure avec Petite soeur, mon amour. Après avoir tellement aimé Blonde, j’ai été très déçue par ce roman.. Du coup, je les choisis avec beaucoup de soin maintenant, certaine que je n’aime pas tout ce qu’elle écrit.

    1. Je ne le connais pas celui-ci, mais c’est vrai que l’oeuvre de cette romancière est assez inégale. Je te conseille Les Chutes, il est extraordinaire !

      1. Je n’en entends que du bien (il est d’ailleurs dans ma PAL), de mon côté, je te conseille Nous étions les Mulvaney !

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