Par le vent pleuré – Ron Rash

Résumé :

Et si les ossements découverts près de la rivière appartenaient à celle qui a bouleversé leur vie ? Quand Ligeia a débarqué de Floride, avide de liberté, véritable sirène enjôleuse, elle a séduit Bill et Eugene. Pour lui plaire, les deux frères ont bravé les interdits. Le temps d’un été, la jeune nymphe les a entraînés dans un tourbillon de tentations, avant de disparaître brutalement.

« Il y a certains choix que l’on fait et dont on a connaissance, pour toujours, jusqu’à son dernier soupir – il ne s’agit là, évidemment, que des mauvais choix. »

Mon avis :

Je ne connaissais pas Ron Rash et j’ai été séduite par cette plongée dans la jeunesse perdue de l’Amérique profonde, alors que la guerre du Vietnam et le mouvement hippie laissaient leur empreinte sur la société. J’adore ces romans qui placent en leur coeur les gens ordinaires, la banalité des sentiments humains, y compris les plus noirs.

Eugene et son frère ainé Bill vivent dans une petite ville de Caroline du Nord avec leur mère. Tous les trois sont sous la coupe du grand-père paternel, le médecin de la ville, aussi respecté que craint par les habitants. Un homme dur, froid, et quelque peu tyrannique. Ainsi Bill est-il depuis toujours prédestiné à devenir un grand chirurgien, pour accomplir ce dont son grand-père a été privé en revenant blessé de la guerre. Une responsabilité lourde, et une surveillance patriarcale de tous les instants. Eugene quant à lui, ne supporte pas la même pression, sa mère insistant pour qu’il suive ses penchants littéraires. Mais cela ne l’empêche pas de se sentir diminué et jaloux de l’attention dont bénéficie son frère.

« Dès le début, la faculté d’apparaître et de disparaître qu’avait Ligeia a semblé magique. »

C’est dans ce contexte qu’une jeune fille ensorceleuse débarque de Floride. Ils la rencontrent tous les dimanche au lac, en cachette. Elle est délurée, séductrice, éprise de liberté mais aussi profondément manipulatrice ; une véritable sirène, qui ne correspond à rien de ce qu’ils ont pu rencontrer dans leur petite ville coupée du monde, et qui va leur faire tourner la tête. Pour lui plaire, ils vont se plier en quatre et flirter dangereusement avec l’interdit. Ligeia va entretenir et tourner à son avantage la compétition et la jalousie existant entre les deux frères, en particulier avec le plus jeune et le plus influençable des deux, Eugene, qui connaît avec elle ses premiers émois.

« Le silence peut être un lieu. Ce sont les mots qui me viennent. C’est là d’ailleurs, qu’une si grande part de ma vie a été vécue, que des heures vaines se sont écoulées, le bruit le plus fort, le tintement des glaçons dans un verre. »

Plus de quarante ans plus tard, Eugene est un homme perdu, alcoolique, écrivain raté et divorcé, alors que Bill est son parfait opposé : chirurgien brillant et engagé, père de famille dévoué. Quand Eugene apprend dans le journal que les restes de Ligeia viennent d’être découverts, ses certitudes basculent et il est déterminé à forcer son frère à lui parler. Les révélations sont données au compte goutte alors que s’esquissent les événements de cet été 1969, ainsi que ceux qui ont jalonné la vie à la dérive d’Eugene. Il est isolé, rongé par l’alcool et les regrets, et oscille entre la nostalgie d’un passé pourtant douloureux et la dureté d’un présent auquel il a l’impression de ne plus rien pouvoir changer. En multipliant les allers-retours entre passé et présent, ce roman aborde avec justesse les thèmes de la rédemption et de la rivalité fraternelle.

Ma note (4 / 5)

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