Je sens grandir ma peur – Iain Reid

Résumé :

Un garçon et une fille, dans une voiture lancée à travers la campagne enneigée. Il est absorbé par la route, elle est perturbée par des souvenirs brumeux, ainsi que par d’incessants appels provenant de son propre numéro. Parfois, ils parlent. S’aiment-ils ? Quelques heures plus tard, les voilà attablés face à leurs hôtes, ses parents à lui, dans une ferme reculée. La maison est glaciale, la mère se plaint d’entendre des voix, le couple stocke au sous-sol des peintures inquiétantes. Le fossé entre les deux amants se creuse, sous le poids de tous les non-dits. Et il y aussi cette angoisse, qui a point et ne cesse de grossir, jusqu’à ce que se produise l’innommable…

« Il n’y a qu’une seule question qui importe. J’ai peur. Je me sens un peu fou. Je ne suis pas lucide. Les hypothèses sont justes. Je sens grandir ma peur. Le temps de la réponse est venu. Une seule question. Une seule question en attente d’une réponse. »

Mon avis :

Je sens grandir ma peur est un thriller psychologique assez court (200 pages), qui m’a beaucoup fait penser à Stephen King, et notamment à Shining.

Le récit commence dans une voiture, à la campagne ; un couple est sur le point d’aller rendre visite aux parents du jeune homme, Jake. La narration se fait du point de vue de la jeune fille, dont on ne connaîtra pas le prénom, et qui songe à mettre un terme à leur relation. On oscille entre leur conversation, de plus en plus étrange, et parfois un peu trop métaphysique, et ses souvenirs à elle, qui sont un peu débridés. Elle revient sur leur rencontre, sur quelques anecdotes apparemment sans lien de son enfance, et elle est angoissée par un homme mystérieux qui la harcèle au téléphone. Le plus étrange, c’est que ces appels viennent de son propre numéro. Elle n’en a parlé à personne encore. Lui viennent également des réflexions sur le couple, sur ce qu’elle attend d’une relation, et sur les questions qu’elle se pose à propos de Jake.

« On n’est jamais dans la tête de l’autre. On ne peut jamais connaître réellement ses pensées. Or ce sont les pensées l’important. Les pensées, c’est la réalité. Une action peut être trompeuse. »

Au début j’étais un peu perplexe, ça commence doucement, et on a du mal à voir où l’auteur veut en venir. Si je n’avais pas lu la quatrième de couverture, je me dirais que ça ressemble à une banale histoire de couple. Ils n’ont pas grand chose à se dire, ils ne vont pas très bien ensemble, mais hormis cela rien de palpitant. Pourtant petit à petit on sent que quelque chose cloche, mais impossible de mettre le doigt sur ce qui nous gêne. Est-ce lui ? Est-ce elle ? La tension monte d’un cran lorsqu’ils arrivent enfin à la ferme des parents du garçon. L’endroit est obscur, glauque, et les parents ont un comportement étrange. Quand le couple repart enfin, ils se trouvent en pleine tempête de neige, au milieu de nulle part. Le récit alterne entre cette étrange équipée en voiture et un dialogue entre deux personnes inconnues, qui s’interrogent sur les raisons d’un drame. Aucun détail ne nous est donné, ce qui contribue un peu plus à faire monter le malaise.

« Comment savons-nous que quelque chose est menaçant ? L’instinct l’emporte invariablement sur la raison. »

Je dois dire que j’ai été agréablement surprise, au bout de quelques pages, j’étais totalement accro. Il y a quelques longueurs dans la première partie, mais c’est un thriller psychologique rondement mené, très dérangeant, et l’écriture de l’auteur, surprenante un peu au début, est très habile, je n’ai rien vu venir. L’angoisse augmente progressivement jusqu’aux dernières pages, difficilement soutenables, et une fin qui donne envie de recommencer depuis le début pour voir ce qui nous a échappé. Une vraie démonstration du genre, un auteur à suivre !

Ma note (4 / 5)

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4 commentaires sur “Je sens grandir ma peur – Iain Reid

  1. Je ne suis pas sûre que ce genre de livres me tenteraient, je ne suis pas très « thriller psychologique » mais les citations que tu as choisies pour illustrer ton article me plaisent à 300%. Pour ça, cela me fait un peu penser à Susan Fletcher: si je m’étais arrêtée aux résumés des livres, je n’aurais rien lu d’elle, mais chaque phrase est tellement belle et juste qu’on a envie de la recopier dans un carnet. Ce livre me fait le même effet!

    1. Je vois ce que tu veux dire, même si c’est difficile de comparer les romans de Susan Fletcher, qui écrit en effet merveilleusement bien, et Iain Reid, qui mène certes extrêmement bien son intrigue mais dont la poésie passe quand même au second plan !

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