Les reflets d’argent – Susan Fletcher

Résumé :

Les caprices de la mer ont toujours rythmé la vie des habitants de l’île de Parla. C’est ainsi depuis la nuit des temps et cela ne changera pas. Pour les familles Bundy et Lovegrove qui résident sur cette île depuis des générations, il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter la routine et la perte des êtres chers qui s’en vont un à un. Un jour pourtant, un homme mystérieux s’échoue sur la plage de Sye, un homme qui ressemble étrangement à l’homme-poisson porteur d’espoir dont parle le livre qui rassemble les mythes de l’île. Cette découverte, que tous voient comme un signe de renouveau, va réveiller l’âme de cette communauté pour mieux la faire renaître.

« Il y a des histoires qui viennent de la mer, et ce sont de bonnes histoires. Les meilleurs que j’ai entendues, de loin. Je connais tant d’histoires, mais aucune ne vaut celles qu’on m’a racontées dans les maisons de bord de mer, où les cirés à l’odeur âcre sèchent près du feu à côté des os de baleine d’une pâleur de craie posés à la verticale. »

Mon avis :

Il était une fois un roman qui célébrait les histoires…

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi beau et aussi bouleversant. J’ai été complètement chavirée par ces pages merveilleusement bien écrites, porteuses de poésie, de sensibilité, de mélancolie et d’espoir.

« L’espoir. Le plus fragile des mots. »

Depuis l’enfance, j’aime qu’on me raconte des histoires. Il y a les histoires qu’on ne trouve que dans les livres et celles qui ont besoin de la transmission orale pour perdurer, il y a les histoires de famille, les histoires de peuples, les histoires qu’on se raconte pour exorciser nos peurs en l’inconnu, ou en l’avenir. Les histoires qui viennent de l’imagination, et celles qui s’enracinent dans les traditions. Dans ce roman, ce sont plusieurs histoires qui nous sont contées : l’histoire d’une île écossaise vivant de la pêche et de l’élevage, coupée du monde. L’histoire de ses habitants, si peu nombreux qu’ils sont tous plus ou moins de la même famille. Des histoires de la mer aussi, de ces contes et légendes que seuls ces endroits isolés, sauvages et grandioses peuvent inspirer. Des histoires de frères, de soeurs, de fils, de mères, de couples, et de l’amour sous toutes ses formes.

« La tristesse afflue. Le sentiment de perte et de jalousie. L’amour ressemble à un rêve qu’elle avait fait ; un rêve, rien de plus. »

C’est en particulier l’histoire d’un deuil. Tom Bundy a disparu en mer il y a près de quatre ans. Depuis, il semble que la vie de l’île se soit arrêtée. Sa veuve, Maggie, qui est aussi la narratrice, poursuit sa vie mécaniquement et semble encore le chercher partout. Sa mère est emplie de colère et de ressentiment. Ses frères et soeur n’ont jamais plus été les mêmes, chacun réagissant de manière différente : culpabilité, crise de foi, amertume. Le jeune Sam Lovegrove, que tout le monde a tenu pour responsable, tente à tout prix de se racheter pour une faute qu’il n’a pas commise. Il y a tellement de souffrances enfouies, et chaque habitant de l’île semble avoir perdu espoir, comme s’il n’y avait plus rien qui pouvait leur faire croire au bonheur et à la beauté de la vie qui continue, malgré tout.

« Le chagrin change les choses plus qu’on ne l’imagine. Toute certitude disparaît. Tout ce qui est fort cesse de l’être. »

Jusqu’à ce qu’il survienne un événement extraordinaire. Un homme est retrouvé échoué sur la plage. Nul ne sait d’où il vient, aucun bateau n’a disparu en mer, et l’homme ne se souvient de rien. Un moment on pense qu’il s’agit de Tom lui-même, mais très vite la légende de l’Homme-poisson reprend corps. Une légende de l’île, transmise de mère en fils, l’histoire d’une créature mi-homme mi-poisson, qui « vient à terre pour redonner espoir et enchantement ». Cet homme va réveiller les habitants de l’île de Parla, les réconcilier avec leurs traumatismes, panser leurs blessures. Il va symboliser à lui seul le processus de deuil d’une communauté qui dérivait lentement. Est-il réellement l’Homme-poisson dont parle le mythe ? Certains sont sceptiques, d’autres veulent y croire absolument. Et après tout pourquoi pas… Comme le répètent les habitants de Parla, nous ne connaissons que l’écume, il y a tant de choses invisibles à nos yeux ou qui dépassent notre entendement, cela veut-il dire pour autant qu’elles n’existent pas ?

« Nous avons tous notre façon de trouver le réconfort. Est-ce important que ce soit enfantin ou étrange ? Que cela consiste en histoires, en chansons de marins, ou en petites superstitions ? Pas pour moi. Je trouve de la beauté dans ces choses. Je trouve qu’elles sont à notre image – uniques et très précieuses. Elles nous accompagnent, les nuits et les jours de solitude. »

J’ai tout adoré dans ce roman qui m’a profondément émue. Tous les petits détails de cette île pour laquelle on rêve de tout quitter. Cette ode à la mer. Ce folklore foisonnant d’histoires qui se chuchotent. Ces personnages écorchés vifs mais tous plus attachants les uns que les autres. C’est une magnifique parabole qui célèbre les histoires, celles qui nous apprennent à vivre, celles qui mettent du baume au coeur et redonnent espoir.

Ma note (5 / 5)

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