Robe de marié – Pierre Lemaitre

Résumé :

Nul n’est à l’abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence: mille petits signes inquiétants s’accumulent puis tout s’accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n’a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite ; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape…

Mon avis :

J’avoue sans peine que les polars sont loin d’être mon genre littéraire préféré. En grande partie parce que je suis généralement assez déçue et que je trouve l’intrigue souvent cousue de fil blanc. Néanmoins j’avais entendu beaucoup de bien de Robe de marié, et je me suis donc plongée dans la lecture. Qui aura duré quelques heures à peine tellement le livre m’a chamboulée.

« Ce matin-là, comme beaucoup d’autres, elle s’est réveillée en larmes et la gorge nouée alors qu’elle n’a pas de raison particulière de s’inquiéter. Dans sa vie, les larmes n’ont rien d’exceptionnel : elle pleure toutes les nuits depuis qu’elle est folle ».

La première partie du roman suit Sophie en plein délire paranoïaque. Sa vie semble frappée par le malheur, on comprend assez vite que son mari et sa belle-mère sont morts, mais les détails ne sont donnés qu’au compte-goutte. On sent en tout cas immédiatement qu’elle n’est pas très saine d’esprit, elle fait des cauchemars, oublie des pans entiers de sa vie, perd ses objets personnels. Après avoir à nouveau semé plusieurs cadavres sur son passage, elle prend la fuite, et on suit sa cavale avec anxiété, partagé entre le désir d’en savoir plus et la conviction qu’elle a totalement perdu la tête. Est-elle coupable ? Il n’y a pas véritablement de raison d’en douter, le lecteur cherche plutôt à reconstituer les puzzles de sa mémoire défaillante, et est constamment désarçonné par cette femme totalement erratique, visiblement profondément déséquilibrée et pourtant lucide, puisqu’elle parvient à se reconstruire une vie, petit à petit. Elle semble d’ailleurs y parvenir, puisqu’elle change de nom et se remarie.

« J’ai peur. Tous les morts remontent. La nuit. Je peux les compter, un à un. La nuit, je les vois assis à une table, côte à côte. La nuit. »

La seconde partie du roman intervient alors, interrompant brusquement le récit et revenant quelques années en arrière. La narration sous forme de journal tranche avec les pages précédentes, et offre un rythme narratif totalement différent, qui plonge le lecteur dans un tout autre état d’esprit. La souffrance de Sophie dans cette seconde partie semble interminable et insupportable, au point que cela m’a même rendue extrêmement mal à l’aise, mais j’imagine que c’est l’effet escompté. Rien ne nous est épargné des détails qui vont conduire Sophie à la folie.

Enfin, la troisième partie réconcilie les deux histoires, et nous offre un dénouement progressif, pas forcément celui attendu, et c’est ce qui le rend excellent. Le renversement de psychologies des personnages est parfaitement rendu par l’écriture, et on termine les dernières pages, dans lesquels le titre prend tout son sens, le coeur battant, avec l’envie d’avoir le fin mot de l’histoire.

Ce thriller psychologique, alliant les thèmes de la vengeance et de la folie, est parfaitement maîtrisé d’un bout à l’autre. On y trouve en effet des airs de Hitchcock ou encore de Brian de Palma ; je n’ai pas pu m’empêcher de penser par moments au film Pulsions. J’aime noter les premières et dernières phrases des livres que je lis, on y trouve parfois des ironies, des parallèles, des clins d’oeil amusants, et, sans vous la dévoiler, la dernière phrase de Robe de marié est savoureuse !

Ma note (4 / 5)

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