Long week-end – Joyce Maynard

« Tant que nous ne sortions pas de la maison, personne ne pouvait savoir qu’il était là. La nuit, en tout cas, nous étions hors d’atteinte. Trois habitants sur cette terre, ou plutôt trois êtres humains tournant en orbite au-dessus d’elle. »

C’est le week-end du Labor Day sur la côte Est des États-Unis. La rentrée des classes approche, et Henry et sa mère Adèle font des emplettes au centre commercial. Il est très rare qu’Adèle sorte de la maison, les courses au supermarché se font pour plusieurs mois, elle a trouvé un travail de vente par correspondance, elle vit cloitrée et n’a pas d’amis. Du propre aveu de son fils, Adèle n’est pas une mère « normale », elle a en elle une fêlure qui la rend différente des autres. Pourtant, elle est solaire, danse tout le temps, écoute de la musique, parle des heures durant avec ce fils qu’elle adore et qu’elle traite comme un adulte. Ce jour-là au centre commercial, Henry est approché par Franck. L’homme est blessé et c’est un prisonnier en cavale, il a profité d’une opération de l’appendicite pour sauter de la fenêtre de l’hôpital. Il demande à Adèle et son fils de l’héberger quelques jours, le temps que les choses se calment, et ils acceptent. Voilà le point de départ surprenant de six jours de huis clos, sous une chaleur caniculaire.

« Survivre en ce monde n’est pas une partie de plaisir. Parfois on a besoin de s’arrêter, de simplement s’asseoir et réfléchir. Rassembler ses pensées. Ne plus bouger. »

Sous les yeux du jeune adolescent de 13 ans, une dynamique étrange va se mettre en place dans cette maison, une lueur d’espoir, un aperçu peut-être d’une nouvelle vie.  Entre Adèle la femme perdue et Franck le taulard incompris, c’est la rencontre de deux âmes blessées, deux solitudes qui n’attendaient plus rien. Tiraillé entre une mère fragile dont il se sent responsable, et un père distant et maladroit parti construire une nouvelle famille ailleurs, Henry est fasciné par ce nouveau venu et ses manières incongrues, cet homme réputé dangereux à la une de tous les journaux, et qui apporte à leur foyer une douceur et un équilibre inattendus.

« Et dans ses yeux à elle, quand il l’avait touchée, il y avait eu cette expression que je ne lui connaissais pas. Celle d’une personne qui aurait marché longtemps dans le désert et qui, finalement, aperçoit l’eau. »

J’ai trouvé très intéressant justement que le narrateur soit Henry, et non Adèle, cela évite bien des poncifs, et permet une superposition intéressante entre le regard interrogateur qu’il porte sur sa mère en tant que femme, et les questions qu’il commence à se poser sur sa propre sexualité. Il est à ce point de bascule délicat entre l’enfance et l’âge adulte, où il comprend que ses parents sont davantage que ce qu’il avait appréhendé jusque là, charriant leur lot de traumatismes et d’expériences, de frustrations et de désirs. Si une certaine tension est palpable dès les premières lignes, il y a aussi beaucoup d’humour et de tendresse. Malgré quelques longueurs, c’est un roman d’apprentissage magnifique, très sensuel, et qui aborde avec beaucoup de finesse les relations mère-fils.

Ma note 4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

 

Éditions 10/18, traduit par Françoise Adelstain, 20 janvier 2011, 256 pages

4 commentaires sur “Long week-end – Joyce Maynard

  1. Du même auteur sur des thèmes proches j’ai aussi beaucoup aimé les filles de l’ouragan, l’homme de la montagne et mon favori : son autobiographie « et devant moi le monde »

    1. Je l’ai découverte comme toi avec De si bons amis, j’avais beaucoup aimé sa finesse psychologique

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