Silas Marner – George Eliot

Résumé :

Depuis son installation au village de Raveloe, le tisserand Marner suscite méfiance et interrogations. Quel malheur l’a contraint à fuir sa communauté du Nord de l’Angleterre ? D’où tient-il ses curieux talents de guérisseur ? Et pourquoi vit-il retiré dans une chaumière en lisière de forêt ?
Retranché des vivants, sans femme et sans enfants, Marner sombre dans la routine d’un travail solitaire et ne trouve de consolation que dans la contemplation de son or, amassé quinze années durant… jusqu’au soir où son trésor disparaît.
Si le sort du pauvre homme apitoie les villageois, la rumeur se refuse à soupçonner de vol l’un des fils Cass, hobereaux locaux dont les frasques sont pourtant connues. Mais une surprise de taille attend le tisserand, qui pourrait consoler son vieux coeur… et changer celui de ses voisins.

« S’il y a un ange qui enregistre les chagrins des hommes aussi bien que leurs péchés, il sait combien nombreuses et intenses sont les peines nées de fausses idées dont personne n’est coupable. »

Mon avis :

Je suis assez peu familière de l’oeuvre de George Eliot, qui fait partie des grandes romancières victoriennes et que l’on connaît beaucoup pour Middlemarch ainsi que sa décision d’écrire sous un pseudonyme masculin.

C’est une lecture un peu en demi-teinte pour moi. J’ai immédiatement aimé la plume de George Eliot, précise, épurée et très belle, qui m’a aidée à supporter les longueurs un peu décourageantes de ce roman qui ne fait pourtant que 250 pages… Il y a beaucoup de descriptions, on s’attarde sur certaines scènes avec une précision quelque peu inutile, et les longs propos sur la morale et la religion, sous forme notamment d’un débat entre Silas, qui vient d’un village obscur du Nord, et sa nouvelle amie Dolly, qui l’exhorte à aller davantage à l’église, sont un peu rébarbatifs. Aucun des personnages ne m’a semblé véritablement attachant, et c’est sans doute parce qu’ils sont secondaires au propos : je vois ce roman davantage comme une allégorie de la société de l’époque, emplie de préjugés et de superstitions locales. L’insistance de l’auteure sur les petites gens et leurs malheurs m’a par ailleurs un peu fait penser à Thomas Hardy ou bien à Dickens, et comme dans bien d’autres romans de l’époque, elle s’emploie à démontrer l’absence de corrélation entre richesse et vertu. Elle met ainsi dos à dos, un peu artificiellement à mon goût, un homme délaissé et sans ressources mais au grand coeur, Silas, et un homme riche mais à la vie dissolue et lâche, Godfrey Cass, le fils du squire. À votre avis, lequel sera le plus heureux ?

« Il haïssait l’idée du passé ; il n’y avait rien qui le poussât à aimer les étrangers au milieu desquels il était venu ou à s’associer avec eux ; et l’avenir n’était que ténèbres car aucun amour invisible ne songeait à lui. Ses pensées étaient arrêtées par une perplexité complète, maintenant que leur voie étroite d’autrefois était fermée, et ses affections semblaient avoir été anéanties sous le coup qui avait meurtri ses fibres les plus sensibles. »

Au coeur du roman il y a donc Silas, ce tisserand qui a fui sa ville natale en raison d’une grande injustice et de la trahison de son ami. Depuis son installation, c’est un homme solitaire, marginal, vivant en périphérie de la petite société de Raveloe, sans se mêler aux habitants. On se moque de lui, et on s’en méfie, convaincu qu’il attire le mal et jette des sorts. Et puis une nuit, tout change : la petite fortune amassée par Silas grâce à son dur et inlassable labeur, et qui lui faisait pathétiquement office de compagnie, est volée. On assiste alors à un premier retournement dans l’opinion, où la réticence et les préventions laissent la place à la pitié. Quelques temps plus tard, une femme meurt de froid près de la demeure de Silas, laissant derrière elle une petite fille de 2 ans. Silas se prend immédiatement d’affection pour cette enfant qu’il adopte et couvre d’attentions. Cette fois, la pitié laisse place à l’admiration, et tout le village considère Silas avec le plus grand respect. Sans rentrer davantage dans l’intrigue, on voit comment George Eliot a voulu dénoncer les travers de la société, et notamment les préjugés qui pouvaient dominer, en particulier à l’encontre des étrangers. Au travers de Silas et de la petite ville de Raveloe, de cette réhabilitation d’un coeur simple injustement méprisé, elle dresse un portrait saisissant de l’Angleterre rurale du XIXe siècle.

« Les faux-fuyants et les mensonges innocents causent au coeur, dont l’ambition est de se conserver pur, autant de tourments qu’à un grand peintre les touches fausses que son oeil seul sait découvrir. Ils sont aussi légers que de simples parures, lorsqu’une fois les actes sont devenus mensongers. »

C’est une jolie histoire, simple et très humaine, mais je préfère de loin les romans de Thomas Hardy dans cette même veine. Il n’en demeure pas moins que j’ai toujours autant envie de me plonger dans Middlemarch. Encore faut-il avoir suffisamment de temps devant moi pour m’y consacrer pleinement..!

Ma note 3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

 

Éditions de l’Archipel, traduit par Auguste Malfroy, juin 2013, 278 pages

3 commentaires sur “Silas Marner – George Eliot

  1. Middlemarch m’attend, en anglais, un gros pavé, j’hésitais pour Silas – bon, pour les longueurs, je sais que ces romans peuvent disserter pas mal (à l’époque la vie tournait autour de l’église ..) je viens de finir le roman d’Olivier Truc, et s’il est vraiment très bien, il devient indigeste avec ces sempiternelles religiosités 😉

    1. Oui et puis il y avait la fameuse règle du « Triple Decker » qui voulait que les auteurs à l’époque publient leurs romans en trois volumes… J’ai très envie de lire Middlemarch quand même, j’espère cet été !

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