Orgueil et préjugés – Jane Austen

Résumé :

Son histoire, sa question, est en apparence celle d’un mariage : l’héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennett, qui n’est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy ? Si oui, en sera-t-elle aimée ? Si oui encore, l’épousera-t-elle ?*

« Jamais encore elle n’avait senti qu’elle aurait pu l’aimer comme en cet instant où l’aimer devenait désormais chose vaine. »

Mon avis :

Sans doute le roman le plus connu de Jane Austen. L’orgueil de Darcy et les préjugés d’Elizabeth. Celle-ci est à mon sens l’une des héroïnes les plus attachantes de la littérature : intelligente, cultivée, spirituelle, vive, indépendante, elle se démarque de tous les autres personnages féminins du roman, sa mère et ses jeunes soeurs bien sûr, mais également de Jane, pourtant douce et posée, mais qui paraît bien fade et naïve comparé à sa soeur.

Deux intrigues sentimentales y sont déliées, dont les rebondissements vont tenir en haleine le lecteur : celle de Jane Bennett avec Mr Bingley, et celle de sa soeur Elizabeth avec Mr Darcy. Des intrigues qui ne pourraient être plus différentes : les personnalités des deux soeurs, ainsi que de leurs prétendants, sont diamétralement opposées, comme d’ailleurs dans Raison et sentiments avec Elinor et Marianne. Et si l’attirance entre Jane et Bingley ne fait aucun doute dès le départ, l’animosité entre Elizabeth et Mr Darcy ne laisse en revanche rien présager de bon. Tous deux ont en effet un fort tempérament, et l’un sera dominé par son orgueil tandis que l’autre se laissera aveugler par les préjugés.

« Depuis le commencement, je pourrais dire dès le premier instant où je vous ai vu, j’ai été frappée par votre fierté, votre orgueil et votre mépris égoïste de sentiments d’autrui. Il n’y avait pas un mois que je vous connaissais et déjà je sentais que vous étiez le dernier homme du monde que je consentirais à épouser. »

Si la rencontre de ces deux personnages et l’évolution de leurs relations sont au coeur du roman, on aurait tort de s’arrêter là. Le style est fluide, et l’histoire charmante, mais ce qui rend ce roman aussi savoureux, c’est la douce ironie que manie Jane Austen avec habileté, pour critiquer la bonne société anglaise, dont elle fait pourtant partie. En témoigne la galerie de personnages qui nous est offerte. Lady Catherine, ou Miss Bingley, qui nous semblent caricaturales et qui correspondent pourtant aux codes de l’époque, viennent occuper les rôles de mégères qu’on adore détester. Quant à Mrs Bennett, ou encore Mr Collins, leur bêtise et leur ridicule donne beaucoup de piquant aux situations, plongeant dans l’embarras leur entourage.

« La vanité et l’orgueil sont deux choses bien distinctes, bien que les mots soient souvent utilisés l’un pour l’autre. On peut être orgueilleux sans être vain. L’orgueil a trait davantage à l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, la vanité à ce que nous voudrions que les autres pussent penser de nous. »

Comme dans ses autres romans, Jane Austen donne à voir différents aspects du mariage. Souvent le bonheur dans le mariage est occulté par les jeunes filles (et leurs parents) au profit de la recherche d’une situation stable. Ainsi le mariage des parents Bennett n’est guère heureux, Mr Bennett ne tirant de satisfaction de leur union que dans le bénéfice de pouvoir rire à loisir de la bêtise de sa femme. Pour d’autres raisons, le mariage de Charlotte, l’amie d’Elizabeth, paraît incompréhensible à cette dernière, tant il lui semble méprisable de se marier sans amour et sans même un espoir de compatibilité d’humeur entre les époux. Pourtant, si Jane Austen est charitable envers ses deux héroïnes, la condition de la femme à l’époque ne leur laissait pas véritablement l’opportunité de trier parmi les prétendants, et la nécessité financière, doublée dans le roman de considérations testamentaires défavorables, conduisait plus d’une jeune fille à chercher avant tout à s’établir confortablement.

« C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. »

Autant d’éléments qui font d’Orgueil et préjugés un classique incontournable, et un roman que j’aime beaucoup relire de temps en temps. Bien qu’on n’y retrouve pas la même profondeur que chez d’autres auteurs de la littérature victorienne, on ne peut qu’apprécier, comme dans tous ses romans, la richesse et la pertinence des descriptions que fait Jane Austen des valeurs morales, des sentiments et des dilemmes humains, ainsi que d’une époque où les femmes avaient peu le loisir d’être romanesques.

Ma note (4,5 / 5)

signature4

 

 

 

P.S. : L’adaptation de la BBC est extraordinairement réussie, les deux acteurs incarnent à la perfection leurs personnages, et la mise en scène est très fidèle au roman.

*résumé de la quatrième de couverture de l’édition 10/18

 

 

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

Un commentaire sur “Orgueil et préjugés – Jane Austen

Laisser un commentaire