L’Italien – Arturo Pérez-Reverte

En 1942 à Algésiras, malgré la neutralité de l’Espagne, il est difficile d’oublier que la Seconde guerre mondiale fait rage : en face Gibraltar est une enclave cruciale pour la domination de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord. Veuve depuis que son mari a été tué au cours de l’attaque contre la marine française à Mers el-Kébir, Elena Arbués est devenu libraire et laisse couler les jours aux côtés de son chien Argos. Son destin va être chamboulé lorsqu’elle trouve un homme blessé échoué sur la plage. Teseo Lombardo est un soldat italien, un plongeur de combat chargé de déposer des charges explosives sous les bateaux ennemis dans le port de Gibraltar. À son contact, Elena décide de participer à ces opérations militaires périlleuses.

Quel bonheur de retrouver la plume d’Arturo Pérez-Reverte avec cette histoire d’amour, de mer et de guerre, qui met en scène un personnage féminin fort, courageux, et dont les motivations demeurent mystérieuses. « Je me bats parce que je me bats », dira-t-elle à plusieurs reprises, reprenant les paroles de Porthos dans Les Trois Mousquetaires. Une héroïne qui éclipse les autres protagonistes du roman, pourtant tous impeccablement dessinés, à commencer par Teseo et son équipier Gennaro Squarcialupo, qui nous offrent de très jolies pages de camaraderie et de confiance mutuelle. La narration alterne entre le récit des événements qui découlent de la rencontre entre Elena et Teseo à Algésiras en 1942, et le récit du narrateur, journaliste, qui enquête sur ces événements et tente de retrouver les témoins de l’époque afin d’étoffer son récit et de combler les vides.

Si l’histoire d’amour entre Elena et Teseo est émouvante, elle sert surtout de prétexte à la mise en lumière d’un épisode fort malheureusement oublié des livres d’Histoire. En 1942, les rapports de force sont en train de basculer, et les combats en Méditerranée jouent un rôle crucial. Puisqu’à Gibraltar se trouve la fine fleur de la flotte de la Royal Navy,  un groupe de la Regia Marina italienne, l’« Orsa Maggiore », s’est constitué pour mener des raids de sabotage et d’attaques sous-marines aussi astucieux que dangereux. Ils utilisent en effet des torpilles humaines spéciales, appelées Maiale, qui passent inaperçues et ont longtemps préoccupé les Alliés, incapables de comprendre d’où venait l’ennemi. Reverte décrit le fonctionnement de ce groupe italien, mais également le climat de l’époque, fait de suspicion et de peur, dans cette région méditerranéenne entre Algésiras et Gibraltar, qui grouillait d’espions et de dommages collatéraux, sans oublier l’atmosphère pesante régnant dans ces régions espagnoles désenchantées par des années de guerre intestine et de privations.

Une histoire comme Arturo Pérez-Reverte a toujours excellé à raconter, une histoire de bravoure et d’honneur, une histoire de marins et d’espions, une histoire de héros oubliés qui reprennent vie le temps de quelques pages.

Ma note 4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

Éditions Gallimard, traduit par Robert Amutio, 15 août 2024, 448 pages 

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