« Dans la maison de mon père, il y a plusieurs demeures. »
Au sein d’une Rome occupée par les Nazis, un petit groupe surnommé le Choeur organise la fuite des nombreux prisonniers parvenus à s’évader et cherchant refuge auprès d’un prêtre, Monseigneur Hugh O’Flaherty, qui leur offre l’asile au Vatican, dont la neutralité dans le conflit est, pour l’instant, toujours protégée par le droit international. Mais le chef de la Gestapo en Italie, Hauptmann, est aux abois, réprimandé par Himmler en raison de cette hémorragie inexplicable de prisonniers vers la campagne italienne, qui défie la puissance nazie.
« Frissons, poignets tendus, menottés dans les draps humides. Les grosses cloches de la basilique sonnent vingt heures, tous les carillons de la ville leur répondent en choeur.
Tel le souvenir d’un os cassé au coeur de l’hiver, la certitude qu’il n’est pas d’ici, ne l’a jamais été. »
Après Le bal des ombres, L’étoile des mers ou encore Muse, l’écrivain irlandais s’intéresse ici de nouveau à l’Histoire et aux destins individuels oubliés, en retraçant l’histoire incroyable de ce prêtre irlandais à la tête d’un réseau de résistance au coeur de l’inviolable Vatican, le saint des saints, réputé, et critiqué, pour sa neutralité et sa passivité face aux exactions nazies se déroulant sous ses fenêtres. La construction du roman est terriblement efficace, déroulant un lent compte à rebours jusqu’à un Rendimiento particulièrement audacieux et dangereux, prévu pour la nuit de Noël. Tandis qu’un narrateur omniscient entreprend de raconter petit à petit les derniers jours, puis les dernières heures avant cette opération préparée avec minutie par Hugh O’Flaherty, le récit alterne avec des extraits d’interview donnés par les membres du Choeur des années plus tard, qui viennent ajouter de l’épaisseur aux personnages, retraçant la rencontre de chacun avec ce prêtre hors du commun, et installant une tension dramatique à mesure que les déconvenues, les imprévus, les changements de dernière minute et les accidents font craindre le pire quant à la réussite de ce Rendimiento de Noël.
« J’en suis venu à considérer que la neutralité est le pire des extrémismes ; sans elle, nulle tyrannie ne peut s’épanouir. »
Comme toujours, Joseph O’Connor est un maître dans l’art des descriptions, transportant son lecteur dans Rome occupée, ses églises, ses fontaines, ses ruelles sombres, ses volets qui claquent, ses petits actes héroïques de résistance, ses bruits de bottes et de chars. Un maître également dans la construction de ses personnages, qui sont tous d’une densité, d’un charme, d’une personnalité palpables, le plus inoubliable de tous étant bien entendu sans aucun doute ce prêtre aux allures de boxeur, cachant son regard perçant derrière ses lunettes en écaille, vigilant, sensible, et d’un courage extraordinaire malgré l’absence totale de soutien de sa hiérarchie. La musique est enfin omniprésente, tant dans les répétitions de ce Choeur qui entonne haut et fort Verdi afin d’étouffer leurs messages secrets, que dans la musicalité de la plume de Joseph O’Connor, qui fait chanter les pavés romains.
« Clair de lune sur les tombes.
Loups de pierre au-dessus d’une porte.
Une femme à un balcon, son amant lui murmure son amour à trois mètres d’éternité, depuis la fenêtre d’en face. »
Un grand bonheur donc de retrouver mon auteur irlandais fétiche avec ce thriller historique palpitant, annoncé comme le premier tome d’une trilogie (Rome Escape Line Trilogy) dont j’attends d’ores et déjà la suite avec impatience !
Éditions Rivages, traduit par Carine Chichereau, janvier 2024, 256 pages


J’adore cet auteur, bien qu’ayant dû abandonner Le bal des ombres après une 50aine de pages, je n’arrivais pas à m’impliquer dans l’intrigue.. mais j’ai bien l’intention de lui donner une 2e chance !
Parmi mes titres préférés : Muse, Redemption Falls, et surtout l’excellentissime A l’irlandaise..
J’ignorais qu’il avait sorti un nouveau titre, merci pour l’info 🙂