La lettre écarlate – Nathaniel Hawthorne

« Il existe une fatalité, un sentiment, si impérieux qu’il a force de loi, qui oblige presque invariablement les êtres humains à ne pas quitter, à hanter comme des fantômes, les endroits où quelque événement marquant a donné sa couleur à leur vie ; et ceci d’autant plus irrésistiblement que cette couleur est plus sombre. Son péché, sa honte étaient les racines qui implantaient Hester en ce sol. »

Boston, années 1640. La foule se presse autour du pilori afin de conspuer la femme qui vient de passer les lourdes portes de la prison. Hester Prynne, dont le mari a disparu depuis deux ans, vient d’être reconnue coupable d’adultère et condamnée à porter pour le reste de ses jours une lettre écarlate brodée à sa poitrine : le A de l’infamie. Refusant de donner le nom de son amant afin de le protéger de la vindicte populaire, elle emménage avec sa petite fille dans une maison à l’écart de la ville, et s’apprête à une vie de pénitence, courbée sous le poids de cette lettre brodée. Son tourment vient s’aggraver lorsqu’elle aperçoit son mari, revenu d’un séjour forcé dans une tribu indienne, qui décide de se faire appeler Roger Chillingworth et lui extorque le serment de ne jamais révéler sa véritable identité. Il entend en effet mener son enquête et démasquer l’homme responsable du péché de sa femme.

« Il y a cependant dans notre nature une disposition, aussi merveilleuse que miséricordieuse, qui empêche celui qui souffre de jamais connaître l’intensité de ce qu’il endure par sa torture présente, mais bien plutôt après coup par la cuisante inflammation que celle-ci laisse derrière elle. »

L’attrait principal du roman ne réside pas tant dans son intrigue, assez mince puisque l’identité de l’amant nous est rapidement dévoilée, mais dans la critique virulente du puritanisme américain, ainsi que dans l’étude psychologique des trois personnages au coeur du récit. Hester tout d’abord, qui tente de mener une vie digne et de racheter sa faute, devenant sans doute la plus chrétienne de tous, et qui poursuit son existence la tête haute, se refusant à toute marque de faiblesse, ignorant les insultes et se concentrant entièrement à l’éducation de son bien le plus précieux : sa petite fille, Pearl. Roger ensuite, consumé par son désir de vengeance, dont l’apparence même reflète ses plus vils instincts et qui entreprend de tourmenter l’âme de celui qu’il soupçonne. Et l’amant lui-même enfin, rongé par la culpabilité et par son antagonisme permanent qui lui enjoint de montrer une apparence de sainteté aux yeux du monde. Mis à part la figure de Hester, cette femme libre à une époque où on brûlait au bûcher ses égales comme sorcières, déterminée à conserver son indépendance d’esprit et la ligne de conduite qu’elle s’est fixée, je dois avouer que les personnages m’ont agacée tant leurs traits étaient grossiers et manichéens. Pearl par ailleurs m’a également  perturbée, en particulier la manière dont elle est constamment décrite, mi-enfant mi-démon, incarnation vivante et exubérante du péché lui-même. Du reste, l’histoire sous-jacente, mêlée de vengeance et d’amour interdit, m’a parue affadie par les discours de morale incessants et le manque de personnalité d’un amant qui m’a semblé bien peu mériter l’affection de celle qui porte sa croix seule. Le style ampoulé, bien que magnifique, alourdit par ailleurs davantage le récit.

« La lettre écarlate était un passeport pour les régions où les autres femmes n’osaient pas s’aventurer. La honte, le désespoir, la solitude, tels avaient été ses instructeurs, rébarbatifs et sévères ; et ils l’avaient faite forte, mais sans discernement. »

Néanmoins, si c’est loin d’être un coup de coeur, ce roman m’a intéressée pour sa valeur philosophique et historique. Il est d’ailleurs présenté comme tel dans un prologue brillant par un narrateur/auteur qui jette sur ces temps anciens un regard fort critique. Si l’intrigue se déroule plus de deux siècles après la publication, le roman ne laisse pas oublier que le puritanisme américain, s’il revêt d’autres formes, n’est pas uniquement un vestige du passé. Je comprends sans peine pourquoi il est considéré aujourd’hui encore comme un monument de la littérature américaine, tant il cristallise des thématiques fondatrices de la société américaine. Si Hester est mise au ban de la société pour adultère, elle représente toutes ces femmes présumées coupables et victimes d’un puritanisme hypocrite fustigeant la moindre once de liberté féminine. L’intrigue s’inscrit d’ailleurs dans le contexte des procès de Salem, un passé honteux auxquels les ancêtres de Hawthorne ont participé et que l’auteur tente par ces lignes d’exorciser. 

Ma note 3 out of 5 stars (3 / 5)

Éditions Folio, traduit par Marie Canavaggia, 18 février 1977, 384 pages

Un commentaire sur “La lettre écarlate – Nathaniel Hawthorne

  1. J’en ai bien sûr beaucoup entendu parler car c’est un grand classique américain. Je l’ai dans ma bibliothèque depuis quelques temps. Il faut que je le découvre…

Répondre à L&T Annuler la réponse.