La cloche de détresse – Sylvia Plath

Résumé :

Esther Greenwood, dix-neuf ans, est à New York avec d’autres lauréates d’un concours de poésie organisé par un magazine de mode. De réceptions en soirées passées pour tuer le temps, ce sont quelques jours d’une existence agitée et futile que vit la narratrice. En même temps, elle se souvient de son enfance, de son adolescence d’étudiante américaine, des amours qu’elle a connues. Tout bascule lorsque Esther quitte New York. Tentatives de suicide, traitements de choc, guérison, rechutes, et, pour finir, l’espoir.

« Le silence me déprimait. Ce n’était pas le silence du silence. C’était mon propre silence. »

Mon avis :

Après ma lecture de Froidure, ce roman biographique magnifique qui imaginait les derniers mois de Sylvia Plath à Londres avant son suicide en février 1963, j’avais très envie de découvrir davantage cette grande poétesse américaine, à commencer par son unique roman : La cloche de détresse. La dépression est un sujet tabou, elle l’était à l’époque et le demeure encore aujourd’hui, et c’est vraiment la grande particularité du roman de nous offrir une percée brute et crue dans les pensées d’une adolescente dépressive, pour qui la vie ne veut plus rien dire.

« J’étais vidée de toute chaleur et de toute peur. Je me sentais étrangement en paix. La cloche de verre était suspendue au-dessus de ma tête. J’étais la proie du souffle d’air. »

Au début du roman, Esther Greenwood a 19 ans, et selon les codes de la société, elle devrait avoir tout pour être heureuse. Elle est jeune, jolie, intelligente, détentrice d’une bourse, acclamée par ses professeurs, bientôt fiancée à un étudiant en médecine de Yale, et en voyage à New-York après avoir gagné un concours de poésie. Ce séjour va pourtant constituer le point de départ d’une lente chute aux enfers. Aucune des pensées de la jeune fille n’est déguisée pour le plaisir ou la pudeur du lecteur, et Esther livre tous ses ressentis, ses associations d’idées, et son mal-être qui se fait de plus en plus profond. Elle est profondément désabusée par le monde qui l’entoure, à commencer par la misogynie et le sexisme ambiant, qui voudrait qu’elle se trouve rapidement un mari avant de cesser d’exister et d’abandonner son identité et son intelligence au service d’un foyer. Elle ne comprend pas les hommes, avec lesquels elle multiplie les expériences malheureuses, ni les femmes qui l’entourent et qui l’étourdissent de projets et d’ambitions qui lui paraissent dérisoires. La dépression s’insinue, sournoise et dévastatrice. Les pensées morbides s’accumulent, et lors d’une simple descente en ski l’idée se fait présente à son esprit : elle pourrait se tuer, ici et maintenant, tout simplement, et tout serait terminé.

« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur. »

La grande force de ce roman est qu’il est extrêmement vivace, le malaise d’Esther se fait communicatif et une sourde angoisse plane. Une fois sa décision prise, la jeune fille a définitivement sombré, rien n’éveille son intérêt ni son enthousiasme, si ce n’est la mise au point d’un plan minutieux pour mettre fin à ses jours. On sait déjà, à l’instar de sa créatrice, que la tentative de suicide d’Esther sera ratée, ce qui donne lieu par la suite au récit de son internement dans différentes institutions. Il est difficile de ne pas lire entre les lignes l’expérience vécue par Sylvia Plath dans cette critique des médecins, absolument dépourvus d’empathie voire même de professionnalisme, des méthodes utilisées sur les patients (les descriptions des séances d’électrochocs sont terrifiantes), ainsi que du traitement réservé aux maladies mentales dans la société. Comme se le fait dire fort galamment Esther à la fin du roman : mais qui va bien vouloir d’elle à présent ?

« Cela me semblait une vie triste et gâchée pour une jeune fille qui avait passé quinze ans de sa vie à ramasser des prix d’excellence… Mais je savais que c’était ça le mariage. »

C’est vraiment un grand roman, mené d’une main de maître, et diablement incisif sur la société américaine des années 50. Il est bien entendu largement autobiographique, tellement d’ailleurs qu’il a provoqué une vive réaction de la part de la propre mère de Sylvia Plath. C’est ce qui le rend encore plus poignant, surtout lorsque l’on sait que cette première tentative de suicide fera l’objet d’une récidive dramatique des années plus tard. C’est un écrit nécessaire, non seulement pour Sylvia Plath qui espérait peut-être se soigner par l’écriture, mais aussi pour se glisser durant quelques pages dans cette toile d’obscurité et de désespoir, cette dépression vécue de l’intérieur. Malgré tout, je ne suis pas sûre que l’on puisse parler de coup de coeur pour un roman aussi noir, tragique, et il faut le dire, assez éprouvant, d’autant plus que sa publication précédera de peu le suicide de cette femme brillante, prisonnière de sa cloche de verre, faisant échec à la note d’espoir des dernières pages.

Ma note 4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

 

 

 

Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, traduit par Michel Persitz, 14 janvier 1988, 280 pages

2 commentaires sur “La cloche de détresse – Sylvia Plath

  1. Ce livre a été un de mes coups de coeur de cette année! Je te conseille son recueil de poème Ariel qui le complète un peu, ainsi que celui de son compagnon Ted Hugues, Birthday Letters, qu’il a écrit après sa mort, ce sont deux recueils très touchants. Je ne connaissais pas Froidure mais il m’intéresse beaucoup ! Très bel article !

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