La fille de l’Irlandais – Susan Fletcher

Résumé :

Eve, huit ans, est recueillie par ses grands-parents à la mort soudaine de sa mère, dans une ferme au coeur du pays de Galles. On lui reproche son insolence et sa chevelure rousse, héritage d’un père irlandais méprisé par son entourage et qu’elle n’a jamais connu. Lorsqu’une enfant disparaît mystérieusement, la vie des villageois bascule : enquête, soupçons et mensonges rythment le quotidien. Dépassée par cette effervescence et les secrets qui entourent sa naissance, Eve commettra l’irréparable.

Mon avis :

Après Un bûcher sous la neige et Les reflets d’argent, c’est à nouveau un coup de coeur pour ce roman de Susan Fletcher. La fille de l’Irlandais est son premier roman, et si on y retrouve pas tout à fait la même poésie, qui confine parfois à la magie et aux légendes dans les romans qui suivront, j’ai tout de même été profondément émue par l’histoire d’Evangeline.

« C’est le début de quelque chose. Je suis juste au bord. Je l’écris et je le sais. »

Evangeline, surnommée Evie, a sept ans lorsque sa mère meurt brutalement. Du jour au lendemain, elle quitte la ville pour la campagne, au Pays de Galles, chez ses grands-parents. C’est un tout nouveau monde pour elle, dans lequel elle va devoir composer avec son deuil et avec les préjugés des habitants. Car Evie est rousse, comme son père, un Irlandais de passage, le grand amour de sa mère. Où qu’elle aille, elle est montrée du doigt pour sa couleur de cheveux et sa peau fragile, et elle entend les gens conspuer ce père qu’elle n’a jamais connu. Une petite ville, où les racontars vont bon train, et où on ne pardonne rien. Heureusement, Evie est bien entourée, à commencer par ses grands-parents, des fermiers attachants et très aimants, ainsi que ceux qui vivent en périphérie de la ferme. Daniel, qui à l’époque a une vingtaine d’années et dont elle tombe amoureuse du haut de ses huit ans. Billy, ensuite, un marginal qui vit en ermite, que tout le monde considère fou mais avec lequel Evie va se lier d’amitié. Mais aussi la voisine, le médecin, le révérend, son ami d’école Gerry… autant de personnes qui vont lui témoigner soutien et tendresse.

« Pour la première fois, je faisais partie d’un ensemble. Tout d’un coup, je ne croyais plus aux étoiles, ce n’était plus la peine. Je venais du Pays de Galles, pas du ciel nocturne. Je venais de gens qui avaient les ongles sales et qui parlaient une tout autre langue. C’était une pensée puissante, étrange. Je me sentais comme une perle enfilée sur un collier, une feuille sur un arbre. »

On peut difficilement faire plus attachante que la petite Evie, un peu garçon manqué sur les bords, qui subit des injures sur son apparence et ses origines qu’elle ne comprend pas, qui fait preuve d’une bonté et d’une innocence touchantes, et qui est avide d’en apprendre davantage sur sa maman, qui comme elle a passé son enfance dans cette ferme. Le récit est raconté par une Evie âgée de vingt-neuf ans, enceinte et désireuse de faire la paix avec une partie de son passé, ce qui apporte une perspective intéressante, plus mure, sur les faits qui se sont déroulés. Elle paraît ressentir une grande culpabilité, et très vite on apprend qu’il s’est déroulé l’été de ses huit ans un drame qui marquera durablement le village, ainsi que le reste de sa vie. Une fillette a disparu. Il y a eu un incendie. Comment ces événements sont-ils liés entre eux, et surtout, quelle part de responsabilité peut bien avoir une petite fille dans leur déroulement ?

« L’esprit de vengeance c’est dans le sang, peut-être. Peut-être que la haine, comme la taille ou les tâches de rousseur ou un gène cancéreux se transmet des parents aux enfants. L’intensité des sentiments — cela s’hérite-t-il aussi ? »

Je n’ai pas pu lâcher mon livre, que j’ai lu d’une traite. J’ai adoré cette tendresse dans le récit d’Evie, ainsi que cette petite pointe de tension alors que des éléments de réponse nous sont apportés au compte-goutte. C’est un magnifique roman sur la douceur de l’enfance, et sur l’innocence perdue quand on découvre trop jeune que les monstres rôdent. Il y est aussi question d’amour, celui des parents pour leur enfant, celui des grands-parents pour leur petite-fille, celui d’amants éconduits pour une jeune femme brune ensorcelante qui tomba sous le charme d’un Irlandais. Le premier roman de Susan Fletcher était bouleversant et prometteur.

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

 

 

 

Éditions J’ai lu, traduit par Marie-Claire Pasquier, 19 mars 2008, 320 pages

7 commentaires sur “La fille de l’Irlandais – Susan Fletcher

  1. Tu le vends bien ! Je vais faire un tour à St Maur ce week-end et faire mes provisions de livres de poche pour l’été, donc qui sait, il pourrait finir dans mon panier.
    En même temps avec un titre pareil, tu ne pouvais que l’apprécier non ?

  2. J’ai hâte de le lire. C’est officiel, après Un bûcher sous la Neige, Reflets d’Argent et Avis de Tempête, c’est mon auteur préféré. Le genre d’auteur qui vous empêche de dormir et vous donne envie d’aller dans une librairie et d’acheter toute la bibliographie!!!!! Je suis rassurée que tu aies trouvé son premier roman aussi bien que les autres car j’avais peur qu’au niveau du style ce soit un cran en-dessous.

    1. Je ne le qualifierais pas d’aussi bien, j’ai trouvé Un bûcher sous la neige et Reflets d’argent totalement exceptionnels. Il s’agit ici de son premier roman, ce qu’on perçoit, notamment parce qu’il est moins ambitieux que les autres. On n’y retrouve pas non plus l’atmosphère presque magique qui régnait dans les romans suivants. Mais ça reste un très joli roman, et la plume de Susan Fletcher fait des merveilles !

      1. Ca y est, je viens de le finir! J’ai vraiment beaucoup aimé! Le cadre « campagne » change des cadres « marins » habituels (Reflets d’Argent et Avis de Tempête). La poésie est là, je trouve que tout est vraiment touchant. On sent le talent prometteur de Susan Fletcher. Ta chronique lui rend hommage et retranscrit bien ce que j’ai ressenti. Je partage ton avis.

      2. C’est tout à fait ça, on sent son talent et cela annonce bien les romans qui vont suivre !

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