De pierre et de cendre – Linda Newbery

Résumé :

Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux filles de Mr Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé scandaleux…

« Cependant, si la maison respirait l’harmonie jusqu’au dernier détail, si rien n’y était laid, ni déplacé, elle ne ressemblait pas aux existences qui se déroulaient entre ses murs. »

Mon avis :

Ce roman est une jolie surprise. Empruntant à la littérature victorienne et aux romans gothiques, il nous entraîne dans la campagne anglaise, au coeur d’une grande et majestueuse demeure où soufflent les vents et dont les pierres recèlent bien des secrets.

Le début m’a vraiment fait penser à La Dame en blanc de Wilkie Collins : un jeune homme chemine sur la route, en direction d’une grande maison où il vient d’être engagé en tant que précepteur de deux jeunes filles. Alors qu’il a presque atteint son but, il a comme une apparition : c’est Marianne, la plus jeune de ses élèves, qui erre épouvantée et qui lui parle d’un certain Vent d’Ouest qui ne cesse de la poursuivre. À son arrivée dans la maison, Samuel Godwin va être présenté à la gouvernante, Charlotte, qui semble considérer ce type d’incident comme anodin.

« Mais vous devez savoir que tant de beauté vous fera souffrir, car vous ne pourrez jamais la capturer ni la retenir. »

Après ce début bien mystérieux, le ton change un peu. Samuel prend ses marques, rencontre ses élèves, et tombe sous le charme de Marianne ; s’entretient souvent avec son employeur, Mr Farrow, qu’il admire énormément ; et noue enfin une certaine complicité avec Miss Agnew, dont la personnalité s’avèrera plus complexe qu’il n’y paraissait de prime abord. Il est surtout subjugué par la demeure elle-même, Fourwinds, qui représente un bijou d’architecture, et c’est avec joie qu’il accepte la demande de Mr Farrow de la reproduire sur ses toiles. Une des particularités de la maison est la présence de trois statues : le Vent du Nord, le Vent d’Est, et le Vent du Sud. Celle censée représenter le Vent d’Ouest n’a jamais pris sa place, le sculpteur, Gideon Waring, ayant été congédié du jour au lendemain par le propriétaire des lieux. Samuel est fasciné par cet artiste hors norme qui l’inspire, et intrigué par ce départ subit. Quel incident a pu conduire à ce renvoi brutal ? Pourquoi l’ancienne gouvernante des filles a-t-elle été également congédiée ? Quelle mort tragique a frappé feu Mrs Farrow, laissant deux orphelines ? Marianne est-elle folle en plus d’être somnambule ? Plus l’intrigue avance, plus il semble y avoir de secrets dans ce foyer en apparence parfait.

« Qui peut savoir quelles histoires, quels désirs et concupiscences, quelles amours, quels appétits, quelles déceptions se désagrègent en même temps que nos os sous le tertre du sépulcre ? »

Malgré une certaine lenteur qui n’est somme toute pas gravissime, j’ai beaucoup aimé ma lecture, à la fois pour son atmosphère quelque peu mystérieuse et pour la lente révélation de la psychologie des personnages. Le voile se lève petit à petit sur les scandales du passé, grâce notamment à une narration efficace alternant entre Samuel et Miss Agnew. J’aurais en revanche quelques réserves sur l’épilogue, qui nous replonge un peu trop dans une réalité crue et bien moins romanesque, l’auteure ayant sans doute souhaité se rapprocher davantage des faits concernant Samuel Godwin qui, je l’ignorais, a réellement existé. C’est dommage parce que le roman se termine sur une note bien fade, même s’il reste très agréable à lire.

Ma note 4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

 

Éditions Livre de Poche, traduit par Joseph Antoine, 29 avril 2009, 384 pages

7 commentaires sur “De pierre et de cendre – Linda Newbery

  1. Je l’ai trouvé l’an dernier dans une vente pour 0.50$! Je ne l’ai pas encore lu mais ça semble tout de même prometteur. Ton billet donne quand même envie, malgré certains bémols que tu as eu.

  2. Quand j’ai commencé à lire ton article, j’avais l’impression de lire un remake de La Dame en blanc, (pour ma part, j’avais beaucoup aimé le début plein de mystères mais j’ai complètement décroché au milieu, je trouvais ça trop long) Je tenterai bien cette lecture. La couverture est magnifique. On dirait un tableau de la période impressionniste.

    1. Oui comme je le disais ça ressemble beaucoup à La Dame en blanc au début, mais l’histoire diffère pas mal ensuite (heureusement). Contrairement à toi j’avais adoré le roman de Wilkie Collins, et celui-ci, bien que ce soit une lecture agréable, me parait tout de même un peu en dessous. Tu me diras si tu te laisses tenter ?

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