Le passé – Tessa Hadley

Résumé :

Trois soeurs et un frère se retrouvent dans la maison de leurs grands-parents, à Kington, en Angleterre, pour quelques longues semaines d’été. L’endroit est plein des souvenirs de leur enfance et de leur passé mais ils envisagent de le vendre. Sous une surface idyllique, les tensions se font peu à peu sentir : les invités sont perçus comme des intrus, les enfants découvrent un secret effrayant les emportant dans un jeu dangereux, la passion surgit là où on ne l’attendait pas, perturbant l’équilibre familial. Un certain mode de vie – bourgeois, cultivé, ritualisé, anglican – touche à son inévitable fin.

« Tous les membres de la fratrie ressentaient parfois, au fil des vacances, le simple agacement et la perplexité de la cohabitation familiale : la manière dont cela érodait un amour et un attachement néanmoins intenses et tenaces quand ils étaient séparés. »

Mon avis :

Dès les premières pages, j’ai senti que ce roman allait me plaire. Pourtant il n’y avait rien que de très banal, mais c’est justement la familiarité de certaines scènes qui m’a touchée. Une fratrie décide de passer trois semaines dans la maison de leurs grands-parents, sans doute pour la dernière fois puisqu’ils doivent décider de la vendre. C’est la maison de leur enfance, de leurs souvenirs de promenades et de jeux, de leurs complicités. Ils arrivent dans un tohu-bohu de voitures, de valises et de sacs de courses, les enfants crient, les adultes pestent, et pourtant ce huis-clos a quelque chose de très émouvant. Harriett, l’ainée, est distante, revêche, peu soucieuse de son apparence, et exaspérée par ses soeurs, en particulier par Alice, qui, elle, est toute en exclamations et en gaieté, sans doute trop au goût des autres qui la trouvent encombrante et excessive. Elle est venue accompagnée par Kasim, dix-neuf ans, le fils de son ex-compagnon. Fran, la troisième soeur, est la plus jeune, mais aussi la seule à avoir des enfants : Ivy et Arthur, neuf et six ans. C’est elle qui s’occupe des courses, des repas, qui tente de concilier tout le monde malgré l’agacement que provoquent chez elle ses deux enfants turbulents et capricieux, et malgré l’absence de son mari qui lui pèse énormément. Enfin, Roland est le seul homme de la fratrie, et il arrive avec sa fille, Molly, seize ans, mais surtout avec sa nouvelle épouse, Pilar, qui suscite toutes les curiosités et les critiques. Tout ce petit monde s’entasse dans la maison mal entretenue, s’accommodant tant bien que mal des chambres poussiéreuses, des insectes et de la météo.

J’ai adoré la simplicité du propos : les membres de cette famille qui se retrouvent coincés ensemble pendant trois semaines à la campagne, sans réseau, sans télé, sans internet, maintenus par un lien indéfectible mais très conscients de leurs profondes différences. On voit se débattre ces soeurs et frère qui ont peu de contacts entre eux d’ordinaire et qui se trouvent brutalement replongés dans leur intimité d’enfance le temps de ces vacances, avec tous les non-dits et les heurts que cela présage. Leur passé commun plane, bousculé par la présence rafraichissante de nouveaux éléments : les enfants, et les invités, Pilar et Kassim. Ces personnages extérieurs au cercle d’intimes vont venir révéler les petits travers de la famille, et agacer autant que rapprocher la fratrie.

« Comment avait-elle pu oublier l’effet assourdissant de la maison familiale, où on reportait toujours le fait de se parler franchement à un moment qui n’advenait jamais ?

J’étais très emballée jusqu’à ce que mon enthousiasme se fracasse à la deuxième partie, intitulée « le passé ». Quelle déception de me retrouver plongée dans un énième roman alternant les époques, expliquant à grands traits les liens entre passé et présent, revenant sur le thème survisité de l’impact des décisions des parents sur les générations suivantes. Franchement, j’étais un peu désespérée. Ça commençait tellement bien, c’était si original pour une fois d’explorer la dynamique horizontale des relations fraternelles, et d’enfin sortir de la verticalité grands-parents/parents/enfants. Ce genre de grosses ficelles, c’est du déjà vu, et c’était d’autant plus inutile que la révélation plus ou moins fracassante qui s’y trouve est à peine exploitée par la suite. Tout ça pour ça… Trois chapitres pour nous expliquer un secret soit-disant inattendu qu’on devinait déjà un peu, et qui ne nécessitait pas un tel bond en arrière narratif. Le passé s’immisçait déjà dans le présent par d’autres moyens : les lettres de leur mère que l’une des filles retrouve, les conversations avec les voisins, et surtout, tout simplement, la maison en elle-même, surchargée des fantômes et des souvenirs de cette famille. Cette partie qui surgit dans la lecture aussi brutalement et artificiellement qu’elle disparaît, m’a vraiment dérangée et est un gros point noir pour moi. 

« Comme souvent quand elle était seule, elle avait glissé dans le sombre étang de son âme, au-delà de toute conscience. »

Même si on retourne à notre petite fratrie dans la troisième et dernière partie, le charme était rompu et je n’ai pas retrouvé mon engouement initial. C’est dommage parce que je pressentais un coup de coeur au début… Cela dit, c’est une impression très personnelle, et si on aime les romans familiaux et la campagne anglaise, je ne peux que le recommander !

Ma note 3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

 

Éditions 10/18, traduit par Aurélie Tronchet, 4 avril 2019, 384 pages

Un commentaire sur “Le passé – Tessa Hadley

  1. J’avais aimé mais sans être un coup de cœur pour autant; il m’avait manqué un je ne sais quoi. Je me souviens que j’avais beaucoup aimé la relation Pilar / Harriet.

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