Sous le soleil de mes cheveux blonds – Agathe Ruga

Résumé :

L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Ensemble, elles se le promettent, elles pourront tout vivre.Traversant les années folles de la jeunesse, elles découvrent la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rêvant à leurs destins de femmes. Mais un étrange jour d’été, tout s’arrête brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitié et disparaît.
Les années passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, le moment est venu de comprendre ce qui s’est joué entre elles, ce qui les a unies puis séparées. D’autant que Brigitte, dont elle n’avait plus la moindre nouvelle, revient la hanter : dans ses rêves, elle aussi attend un enfant…

« L’absence est pire que la mort, rien n’arrête le sentiment d’absence, on est condamné à vivre avec tous ces absents qui demeurent quelque part et sans nous. Et quand bien même ils tenteraient de revenir dans nos vies, leur réapparition ne changerait rien. Ils ont été absents, ils seront toujours absents, ils ont créé un immense vide, impossible à combler. Il n’y a pas d’issue. Les absents sont des trous dans nos coeurs. »

Mon avis :

J’avoue avoir été un peu surprise au début, le ton est donné très vite. C’est moderne, parfois un peu cru, ça nous bouscule un peu, c’est si intime, si douloureux, si universel en même temps. Et très vite, ce roman solaire devient totalement hypnotisant, au rythme des paroles entêtantes des chansons de France Gall.

C’est donc l’histoire d’une amitié, ou plutôt d’un chagrin d’amitié. Brune, enceinte, rêve toutes les nuits de Brigitte, qu’elle devine être enceinte également. Mais les deux jeunes femmes ne se voient plus, Brigitte a brutalement coupé les ponts du jour au lendemain, sans aucune explication. Alors petit à petit, alors que sa grossesse progresse, Brune se replonge dans ses souvenirs, tente de remonter le cours du temps et de comprendre l’incompréhensible. Et tout du long, elle s’adresse à l’absente, la disparue, l’amie perdue mais omniprésente. Comment une amitié aussi fusionnelle peut-elle prendre fin de cette façon ? Comment se remettre de l’absence, du vide incommensurable que l’amie d’hier a laissé derrière elle ? Pourquoi est-on hanté par ceux qui nous quittent ?

« La vie était simple, alors nous sommes tombés dans tous les pièges qu’elle nous a tendus. »

Si l’amitié est aussi forte c’est parce qu’elle a été fondatrice, survenue à une époque où l’une et l’autre manquaient de repères et se sont rassasiées ensemble. Le roman décrit avec finesse et acuité les remous de l’adolescence, la difficulté de grandir, d’affirmer sa féminité, de s’affranchir des codes et de son histoire familiale. On s’y retrouve forcément un peu, nous aussi on a testé avec plus ou moins de succès la frange et les mélanges d’alcool hasardeux, on a chanté à tue-tête, et on s’est retrouvés désoeuvrés le bac en poche face à l’avenir immense et intimidant qui semblait n’attendre que nous. On se sent proches de ces deux filles qu’on aurait pu croiser en soirée, et qui semblaient insouciantes et gaies. Elles sont jeunes, belles, insolentes, complémentaires, l’une brune et l’autre blonde, l’une douce et l’autre explosive, l’une affranchie et l’autre enfermée dans des carcans. Mais les jeunes années se déroulent avec un paradoxe constant, entre l’obligation d’être sérieux, de travailler dur, d’être à la hauteur d’une famille qu’on a eu trop jeune, et l’envie de liberté, le désir palpitant, les discussions à bâtons rompues, les frôlements qui font perdre la tête. Mais ce n’est pas qu’une histoire d’amitié. S’affranchissant de ce lien étouffant et dévastateur, le roman explore magnifiquement les affres et l’inéluctabilité de la passion, la découverte de la féminité, les contradictions de la maternité. Et s’il nous paraît si familier, c’est aussi parce qu’il croque une époque, celle de notre propre passage à l’âge adulte, celle des années avant les réseaux sociaux et le déluge d’Internet.

« La déception chez une femme ne s’efface jamais. Elle se superpose seulement à d’autres. L’amour d’une femme se mesure à la quantité de déceptions que son ventre peut supporter. Une fois que celle-ci a pénétré l’âme, le mépris qui l’accompagne ne peut s’en déloger. »

J’attendais un peu que l’effervescence soit passée avant de me plonger dans le roman d’Agathe Ruga, alias notre chère Agathe the Book. Je voulais le lire tranquillement et ne pas me laisser submerger par la vague de critiques plus dithyrambiques les unes que les autres, que je n’osais pas trop regarder pour ne pas fausser mon ressenti. Il y avait beaucoup d’attentes, de curiosité, et un peu d’appréhension : et si je n’aimais pas…? Aujourd’hui il n’y a plus que de l’admiration devant tant de maîtrise, d’émotion, de sincérité, de force et de finesse dans le même temps, et je suis ravie d’assister aux débuts si prometteurs d’une romancière. Bravo Agathe !

Ma note 4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

 

 

 

Éditions Stock, collection Arpège, 27 février 2019, 288 pages

2 commentaires sur “Sous le soleil de mes cheveux blonds – Agathe Ruga

  1. Très belle chronique que la tienne sur un livre qui avait déjà attiré mon attention.
    J’aime beaucoup ton sens du détail, je m’abonne 🙂
    Belle journée

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