L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

Résumé :

Depuis soixante ans, le monde l’a oubliée et sa famille ne prononce plus son nom. Esme Lennox n’existe plus. Mais quand ferme l’asile où elle vivait recluse, la vieille femme réapparaît brusquement. Au bras de sa petite nièce, Esme découvre une Écosse moderne peuplée de fantômes… qui réveille, sous le silence des années, les secrets inavouables d’une vie volée.

« Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent nos identités : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres. »

Mon avis :

Deux soeurs se trouvent à un bal. Il y a l’aînée, Kitty, et la plus jeune, Esme. Elles sont complices et pourtant si différentes. Kitty est belle, sage, et attend avec impatience d’avoir l’âge de se marier. Esme est exubérante, curieuse, et entend vivre sa vie comme elle l’entend, sans se préoccuper des convenances. Depuis qu’elle est petite tout le monde roule des yeux devant son comportement et essaie de mater son indépendance d’esprit. Esme toujours dans les livres, toujours à poser des questions, toujours à oublier de mettre ses gants et son chapeau avant de sortir… Soixante ans plus tard, Iris reçoit un coup de téléphone : elle apprend qu’Esme est sa grande tante, sur laquelle jusqu’ici elle ne savait rien, et que l’asile dans lequel elle est internée s’apprête à fermer. Accepterait-elle de s’occuper de la vieille femme ?

« Sa spécialité. Se rendre absente au monde, se faire disparaître. Mesdames et Messieurs, regardez bien. Surtout, il importe d’être immobile. Le simple fait de respirer peut leur rappeler votre présence, donc, des respirations très courtes, très superficielles. Juste de quoi rester en vie. Pas plus. »

Comme Iris lorsqu’elle commence à mener l’enquête, on ne peut manquer d’être fasciné par l’histoire d’Esme. Pour quelle raison a-t-elle été enfermée dans un asile, et surtout pourquoi y est-elle restée aussi longtemps ? Son nom a été effacé de l’histoire familiale et son existence n’a plus jamais été évoquée ; un rejet si drastique qu’il pourrait laisser présager quelque événement honteux ou dramatique. Esme est-elle réellement folle, ce dont doute de plus en plus Iris, ou bien sa famille s’est-elle débarrassée d’elle comme on se déleste d’un paquet encombrant et pénible afin de mieux en détourner le regard ? Petit à petit l’auteure égrène les indices, grâce à des allers-retours entre le passé, en Inde puis en Écosse, et le présent, déroulant le fil des souvenirs d’Esme, mais aussi ceux, plus fragmentés par la maladie d’Alzheimer, de sa soeur Kitty. Progressivement les secrets de famille émergent, et le drame d’une vie gâchée, oubliée de tous, se dessine. En parallèle on suit également les traces d’Iris, une jeune femme qui dirige une boutique de vêtements vintage, enchaîne les amourettes vouées à l’échec, et entretient une relation troublante et troublée avec son frère Alex, qui n’est pas vraiment son frère. La rencontre entre Iris et Esme va constituer un tournant, chacune se reconnaissant dans l’autre, et ensemble elles vont lever le voile sur le passé.

On retrouve dans ce roman les thèmes récurrents de la romancière : le poids du passé, la disparition, la mémoire… Des thèmes qui sont venus rejoindre le sujet brûlant et passionnant des internements abusifs et arbitraires à une époque où la notion d’hystérie féminine servait à tort et à travers, permettant à un mari ou des parents de faire enfermer une jeune fille qui était un peu trop rebelle et indépendante, ou tout simplement dont ils souhaitaient se débarrasser. À cet égard cela m’a un peu fait penser, bien que l’histoire soit totalement différente, au magnifique roman d’Anna Hope, La salle de bal.

« Tu ne sais pas ce qu’il y a écrit là-dedans ? Qu’il suffisait à un homme d’avoir un papier signé par un généraliste pour faire interner sa femme ou sa fille dans un asile d’aliénés. »

Malgré d’indéniables qualités, et cette « patte » de la romancière que j’ai adoré retrouver, ce n’est pas mon préféré parmi les romans de Maggie O’Farrell. J’avais beaucoup aimé Assez de bleu dans le ciel, ainsi que le poignant Quand tu es parti, et je trouve que les personnages sont ici un peu moins travaillés. On passe trop rapidement de l’un à l’autre et j’ai parfois déploré un certain manque de profondeur et de finesse. Cela déteint un peu sur l’histoire, que ce soit celle d’Esme, qui bien sûr est centrale et pourtant pleine d’omissions sur lesquelles on n’aura jamais de réponses, mais aussi sur l’histoire d’Iris, qui est un peu bâclée et sur laquelle j’aurais aimé en savoir plus. Finalement la scène finale est un peu frustrante, j’aurais tellement aimé que l’auteure développe encore davantage son roman ! C’est dommage parce qu’on avait là des portraits de femmes intéressants sur lesquels je me serais volontiers attardée.

Ma note 4 out of 5 stars (4 / 5)

10 commentaires sur “L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

    1. Le principal reproche que je lui ferais c’est d’être trop court, j’aurais aimé poursuivre ma lecture…!

  1. pareil, j’avais adoré et contrairement à toi, le final m’a vraiment surpris ! une lecture vraiment différente 🙂

    1. C’est vrai ? Je le voyais tellement venir… À vrai dire ça ne m’a pas tant gêné que ça, en réalité il m’a surtout vraiment manqué quelques pages de plus, quelques approfondissements sur les deux personnages principaux féminins, Esme et Iris, d’autant plus qu’elles développent une relation intéressante. Mais ça reste un très beau roman !

      1. Moi pas du tout ! J’ai d’ailleurs apprécié cette « claque ». Je n’ai pas lu ses autres romans.

      2. Si tu veux en lire d’autres je te conseille les deux que j’ai cités, qui sont dans des registres assez différents : Assez de bleu dans le ciel et Quand tu es parti (c’était son premier roman et il est sublime)

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